Faire monter le désir

L’ennui : ennemi du désir

Il y a un cliché selon lequel les femmes seraient des êtres fondamentalement plus sensibles que les hommes. Les femmes sont-elles génétiquement programmées pour aimer les poupées et les robes roses alors que les garçons seraient programmés pour jouer au soldat et gambader en culottes courtes bleues ? Les femmes sont-elles forcément douces comme de la soie mouillée et les hommes auraient-ils toujours un caractère trempé dans l’acier ? Bien entendu chaque être humain est unique et se forge son caractère propre sous l’influence de facteurs socioculturels – voire même de nuisances socioculturelles. Les rapports avec votre partenaire peuvent donc aller au-delà des rôles préétablis que chacun et chacune est censé(e) jouer. Monsieur est tendre et n’aime ni le foot ni les jeux vidéo ? Hourrah, ne moquez pas sa virilité et ne tentez pas de le transformer en bricoleur sait-tout-faire : cela serait voué à l’échec et à une montagne de frustrations et d’incompréhensions. De même, il serait futile et même néfaste de tenter de forcer Madame à entrer dans le moule préparé par la société pour la gent féminine : elle ne fait pas la cuisine et ne met jamais de haut talons, c’est son affaire. A ce stade, vous vous posez peut-être la question : mais diantre, en quoi tout cela est-il lié au désir ?

De même que nous avons tendance à entrer et à vouloir faire entrer notre moitié dans un moule tout fait dans nos gestes quotidiens par souci de conformité, nous avons parfois tendance à enfermer notre sexualité dans un moule. Cela se fait de manière consciente parfois, mais le processus est le plus souvent inconscient. Au début de la relation, c’est le sexe torride : peu importe la saison, la chaleur est dans le lit. Puis peu à peu, la routine et l’ennui s’installe. Petit à petit, le désir se fait moins pressant, moins aigu et parfois grandit l’idée qu’on pourrait trouver une flamme plus brûlante ailleurs que chez nous.

Il est important de préciser qu’une bonne routine qui vous procure du plaisir à tous les deux de façon sûre est quelque chose de formidable. Le danger vient seulement lorsque la routine se fait extrême et écrase votre grain de folie et étouffe vos désirs les plus profonds et inavouables… Il arrive souvent que lorsque les sentiments se consolident dans le couple, la relation devienne moins explosive et le sexe plus mollasson. L’Ennui guète !

L’Ennui… voici ce qu’en dit Baudelaire :

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées, Quand sous les lourds flocons des neigeuses années L’ennui, fruit de la morne incuriosité Prend les proportions de l’immortalité. Les Fleurs du mal - Spleen et Idéal – LXXVI

Sans être aussi dramatique que le poète, disons que le meilleur moyen d’avoir du sexe plein de sensations est d’avoir un désir vigoureux pour votre partenaire, pour une situation… Le désir ne requiert pas de sentiments : on peut avoir du désir pour l’inconnu(e) qui nous ouvre la porte du bar ou pour une ombre louche aperçue aux abords du bois de Boulogne. Les sentiments et le temps n’excluent pas non plus le désir : de nombreux couples continuent d’éprouver un désir très fort l’un pour l’autre après des décennies de vie commune. L’important est que le désir constitue la première étape d’une vie sexuelle épanouie : pas de plaisir sans désir. Tout comme se brosser les dents, nourrir le désir au quotidien est une excellente habitude à prendre !

Nourrir le désir au quotidien

Afin de maintenir un désir vif en vous et chez votre partenaire, il n’y a pas de formule spéciale. Il faut tout simplement essayer d’adopter une vie sensuelle : c’est-à-dire célébrer les sens, tous les sens. Chez vous, ayez le sens de l’espace et du beau. Un foyer agréable à vivre est un foyer où il fait bon faire l’amour. En revanche, si les premières galipettes passées, vous retrouvez votre inclinaison naturelle à laisser le désordre et la crasse envahir votre appartement ou pire, votre personne, le désir de votre partenaire risque vite de s’enfuir par la fenêtre. Mettez de l’ambiance, peu importe que la musique soit du zouk love façon Harry Diboula ou du métal façon Deftones, commencez par faire plaisir à vos oreilles, selon vos goûts à tous les deux. Secouez vos papilles : la bonne cuisine ne coûte pas forcément cher et met tout le monde de bonne humeur. Bien sûr c’encore mieux si vous avez des talents de cordon bleu aussi modestes soient-ils. Testez des parfums, des ambiances olfactives, des massages dans l’eau chaude et parfumée…

L’imagination : le meilleur des aphrodisiaques

Chaque culture a des aliments ou des substances ayant la réputation de décupler le désir sexuel, de faciliter l’érection ou les orgasmes. Pour les uns cela sera de la moutarde, de la cannelle; pour les autres ce sera plus corsé : gingembre ou poudre de corne de Rhinocéros. Non seulement certaines de ses substances dites aphrodisiaques sont difficiles à trouver – vous avez déjà vu un Rhinocéros en face ? – mais il en faudrait en plus des quantités astronomiques pour constater des effets tangibles.

Pourquoi se donner tant de mal alors qu’on a tout ce qu’il faut dans notre tête ? En effet l’imagination et les fantasmes sont les aphrodisiaques les plus puissants qui soient. Tout le monde a son monde secret, caché dans son propre univers cérébral. Un monde fait d’idées excitantes, souvent saugrenues comme coucher avec le lapin géant de Donnie Darko – wake up, Donnie ! – ou parfois subversives, touchant la transgression de près : fantasmes de viols ou d’auto-strangulation… Tout est OK à partir du moment que vous ne mettez personne en danger si décidez de les réaliser ; ni vous ni votre partenaire ni personne d’autre. On peut dire qu’il y a plus de fantasmes dans le monde que d’êtres humains : chaque cerveau fourmille de fantasmes conscients ou non.

Il y a de nombreux types de fantasmes que vous partagez déjà ou que vous seriez peut-être tenté(e) d’explorer. En voici quelques uns :

  • Les jeux de rôle : vous jouez au docteur et à l’infirmière; à la patronne et à l’employé etc. Les situations sont parfois kitsch au possible mais qu’importe le costume si l’on s’amuse !
  • Les fantasmes de lieux : faire l’amour sur une plage à la douce lumière d’un coucher de soleil; faire des bêtises au dernier rang d’une salle de cinéma ; dans les toilettes de la boîte de nuit ou du bureau… les variations sont infinies.
  • Le fétichisme : c’est le désir sexuel qui s’allume à la vue, au toucher, à l’odeur ou au son d’un objet particulier. Fétichisme des bas, fétichisme des petites culottes humides ou encore des talons aiguilles, des bottes militaires, des chignons, des bougies parfumées, des pieds… faites votre choix !
  • Les fantasmes de soumission : vous vous imaginez être puni(e), dominé(e) par un maître ou une maîtresse qui ne vous fera pas de cadeau et saura vous mettre à votre place.
  • Les fantasmes de domination : ici c’est vous le patron ou la patronne. Vous faîtes souffrir l’autre. Vous l’amenez à vous supplier et à obéir. Une claque sur ses fesses, de la cire chaude sur ses tétons : tel est votre fantasme.
  • Les fantasmes d’exhibition : faire l’amour sur le balcon ou plutôt, une main sous la jupe ou dans le pantalon en dessous de la table au restaurant ?

Les fantasmes de domination et de soumission sont souvent regroupés sous le sigle barbare de BDSM : Bondage & Discipline – Domination & Soumission – Sadisme & Masochisme. La pratique du bondage représente l’art d’attacher et d’entraver quelqu’un de diverses manières dans le cadre de la relation sexuelle. La tradition japonaise est particulièrement riche à ce sujet.

Cependant, s’il peut-être utile de mettre des noms sur les fantasmes et de ranger ces noms dans des catégories, il faut avant tout avoir en tête qu’il s’agit là de constructions de notre esprit : il n’y a souvent aucune structure définie et les différents types de fantasmes peuvent se croiser dans un joyeux mélange. Avoir des fantasmes originaux ou qui peuvent être contraires à la morale ou à la loi, ne rend pas quelqu’un mauvais ou infréquentable et n’indique en rien un quelconque besoin de consulter de gentilles personnes en blouse blanche. C’est notre esprit qui vagabonde. Bien entendu, comme dans toute chose, le bon sens est roi : si vous fantasmez de vous faire sucer ou lécher avec une corde serrée autour du coup et suspendu(e) au dessus d’une chaise, il serait certainement mieux de ne rien tenter. La vie est parfois faîte de NONs douloureux mais nécessaires.

Aux sources de l’imagination

Les fantasmes naissent de notre imagination ; l’imagination étant un processus largement inconscient. Mais que faire si l’on ne se connaît pas de fantasme particulier ? Et si rien ne vous venait à l’esprit quand il s’agit de proposer de nouvelles aventures sexuelles à votre partenaire ? Pas de stress, même si l’imagination est un processus inconscient elle est comme un muscle qu’on nourrit et qu’on entraîne. La nourriture de l’imagination, c’est la nourriture de l’esprit, à savoir : les sens, la littérature, le cinéma, la musique, la bande dessinée, les récits, la vie de tous les jours… S’il vous arrive d’être en panne d’inspiration, voici quelques pistes qu’il pourrait vous plaire d’emprunter.

La littérature érotique

Depuis les temps antiques, l’être humain a utilisé la littérature comme véhicule de ses idées érotiques. Mais limitons notre regard à l’époque moderne. Si vous avez le cœur assez bien accroché, les ouvrages du Marquis de Sade ne manqueront pas de secouer votre imagination… ou au moins votre indignation ! Ses ouvrages ont des titres aussi évocateurs que Les Cent vingt journées de Sodome ou l’Ecole du libertinage, le célèbre Justine ou les Malheurs de la vertu ou encore La Philosophie dans le boudoir. Nouvel avertissement : âmes sensibles passez votre chemin, l’œuvre littéraire de Sade – qui a donné le terme sadisme – est l’équivalent de ce qu’on pourrait qualifier de nos jours de hardcore. L’œuvre comporte une violence à la fois érotique, physique et philosophique rare.

Pour ceux d’entre nous qui préfèrent évoluer dans des contrées moins dangereuses, on conseillera plutôt Andréa de Nercia avec un titre comme Le diable au corps. Des auteurs comme le poète Pierre Louÿs, Guy de Maupassant, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, Georges Bataille, Régine Deforges, Henry Miller, Anais Nin, Boris Vian combleront à merveille votre bibliothèque scandaleuse. Si la gourmandise est un de vos péchés, vous pourrez y ajouter le très crû et très drôle Esparbec, considéré par Jean-Jacques Pauvert comme le plus grand écrivain pornographique français.

Bien sûr la littérature tout entière est parsemée de passages hautement érotiques – même si parfois l’érotisme en question n’apparaît parfois qu’à vous. Ouvrez l’œil !

Le cinéma érotique (ou érotisant)

Le cinéma en tant qu’art visuel et sonore est souvent utilisé pour montrer et suggérer des situations érotiques plutôt que l’acte sexuel lui-même. Vous n’entendrez souvent que les soupirs derrière une porte close, ou bien le réalisateur, sadique, changera de plan au moment même où les personnages passent à l’action. Parfois, c’est dans cette frustration où tout est suggéré et rien n’est montré que naît le désir et l’excitation. Il y a aussi le cinéma purement érotique, dont le but est de mettre en scène le désir et la quête des personnages dans la satisfaction de ce désir. Voici pour vous mettre en appétit, une petite liste à films érotiques ou sexuellement très chargés à regarder loin du bureau :

  • Basic Instinct
  • L’Empire des sens
  • Emmanuelle
  • 9 semaines et demi
  • A l’ombre de la haine (assez gratuitement érotisant, cela dit)
  • Mulholland Drive
  • Lucia et le sexe
  • Crash
  • Room in Rome
  • La pianiste

Bien entendu, cette liste n’est qu’une infime partie de l’iceberg rose. Si votre curiosité lubrique vous en dit, vous pourrez creuser le sujet en vous procurant le superbe ouvrage Le cinéma érotique, paru chez Taschen en 2005, par Douglas Keesey et Paul Duncan. Et vous pourriez même devenir un(e) expert(e) du thème en complétant votre lecture par Erotisme et Cinéma de Gérard Lenne paru en 1998 aux éditions La Musardine.

La photographie érotique

L’image : statique, muette mais toute puissante. La photographie est un des arts les plus érotiques qui soient par la combinaison du réalisme parfois crû et de l’esthétisme raffiné qui habille la représentation de la chair. C’est une piste exquise à explorer. Les éditions Taschen en particulier offrent un bon départ pour l’initiation aux images érotiques. Avec des titres comme :

  • The Big Book of Pussy
  • The Big Butt Book
  • La Petite Mort: Female Masturbation, Fantasies & Orgasm
  • Richard Kern : Action

Si les quatre précédents livres ont pour sujet le corps de la femme, vous pourrez aussi trouver de magnifiques modèles masculins dans les travaux de Paul Freeman, David Leddick ou encore George Platt Lynes entre autres. Par exemple :

  • Heroics
  • Outback Brumby
  • The Male Nudes
  • The Male Nude

Enfin vous pouvez sortir des sentiers battus et longer la frontière entre l’excitant et l’étrange en parcourant le monde de Nobuyoshi Araki, photographe japonais singulier et adulé. L’ouvrage Love Hotel constitue ainsi une excellente porte d’entrée dans son univers.

La pornographie (en ligne)

Le mot pr0n vous dit-il quelque chose ? Ah ! Le porno, ou l’imaginaire des ambiances glauques et des doigts poisseux ! Maïa Mazaurette écrivait dans son excellent blog Sexactu (à présent rattaché au magazine GQ que la différence entre érotisme et pornographie résidait dans l’intention masturbatoire beaucoup plus présente dans la dernière. En clair, on mate du porno d’abord pour se branler. L’accès haut débit à Internet nous a amené Youporn dans le même panier que Youtube. L’accès à la pornographie est facile ; sur ces sites, le porno y est simple et sans fioritures ; pas de scénario ou presque, successions de fornications en gros plan ; grognement des acteurs, cris des actrices en mode continu, éjaculation faciale standard. Peut-être que vous trouvez cela triste. Peut-être que vous trouvez cela excitant. L’essentiel de la pornographie disponible aujourd’hui en kiosques comme en ligne présente une vision caricaturale de la sexualité et s’adresse à une cible principalement masculine. De nombreuses personnes s’inquiètent de la diffusion de cette vision de la sexualité proposée par le porno ; certains craignent d’éventuels effets néfastes. Mon avis est que l’offre pornographique actuelle répond parfaitement à la demande des clients qui sont en majorité des hommes. Ces paroles de Steve Jobs trouvent ici tout leur sens :

Quand vous êtes jeune, vous regardez la télévision et vous pensez : il y a une conspiration. Les chaînes de télé ont conspiré pour nous abrutir. Mais quand vous vieillissez un peu, vous réalisez que ce n’est pas vrai. Le business des chaînes de télé est de donner aux gens exactement ce qu’ils veulent. C’est une pensée beaucoup plus déprimante. La conspiration, c’est optimiste ! On peut tirer sur les bâtards ! On peut avoir une révolution ! Mais le business des chaînes de télé est vraiment de donner aux gens ce qu’ils veulent. C’est la vérité.

Il y a la caméra du pornographe italien Mario Salieri. Il y a surtout le porno des tags; la ribambelle de catégories associées à la pornographie en

ligne montre qu’il y en a pour tous les goûts : amateur, anal, asian, BBW, coed, creampie, DP, ebony, facial, fetish, fingering, gay, german, gonzo, group sex, hairy, handjob, hentai, interracial, lesbian, MILF, POV, shaved, squirting, voyeur etc. La pornographie c’est une façon de vivre ses fantasmes certes visuellement mais aussi quand on veut, où on veut et aussi longtemps qu’on le veut. Tout le monde – ou presque – a sa place au paradis — ou dans l’enfer, c’est selon — du porno. La discrimination est rare dans le monde du porno; si la demande existe elle sera satisfaite. Si vous souhaitez de l’information sur les actualités et des analyses sur la pornographie d’aujourd’hui, la référence incontournable en langue française est Le Tag Parfait.

On a beaucoup parlé de la pornographie au féminin, faite par des femmes et/ou pour un public féminin. Le genre reste tout de même assez peu développé par rapport à son pendant masculin. Explorer ces sentiers – relativement désertiques – peut cependant se révéler excitant pour les dames comme les messieurs et je ne saurais trop vous conseiller de mettre votre curiosité en éveil et partir à l’aventure. En guise d’encouragement je vous suggère deux Oasis :

La bande dessinée érotique

Dernière étape de notre survol – très incomplet – de l’art érotique, la bande dessinée. Que vous soyez fans de Mafalda, Spirou et Fantasio, XIII, Nana, Berserk ou encore Ikigami; ou que vous considériez la bande dessinée comme un avatar de vos années morveuses, sachez que la tradition érotique de la bande dessinée est très riche et souvent plus intéressante, plus intelligente et plus excitante que la vidéo de base trouvée sur Internet. Je ne vous présenterai néanmoins que quelques auteurs en espérant piquer votre intérêt :

  • Druuna, Paolo Serpieri
  • Le déclic, Milo Manara
  • Erma Jaguar, Alex Varenne
  • Les malheurs de Janice, Erich von Gotha

Vous pouvez aussi vous aventurer en territoire japonais avec des auteurs comme Ayane Ukyo (Desire Climax) ou encore Toshio Maeda (Urotsukidoji). Le Japon est une terre incroyablement fertile pour la BD.

Au final…

Il ne s’agit là que de quelques pistes pour titiller votre imagination érotique. Les possibilités sont bien sûr infinies : aller la nuit au musée de l’érotisme ou passer un week-end à deux enfermés dans un hôtel douillet équipés d’une armée de sex toys… je vous fais confiance pour compléter le tableau !